Articles

Excellents Présages

 Mardi 8 juin 2021

Posté par Neil Gaiman à 23h14.

Je suis toujours en Nouvelle-Zélande. La vie est un peu étrange, mais agréable.

Amanda et moi élevons notre petit garçon, et j’adore être emporté par ses passions. Les zombies ont été remplacés par Star Wars quand je n’étais pas là. Depuis mon retour, Star Wars a surtout été remplacé par Tintin, les dinosaures et les monstres marins. Et Tintin, les dinosaures et les monstres marins laissent petit à petit place à la mythologie grecque et à Astérix et Obélix. Ce matin, il a mangé son petit-déjeuner en imitant Obélix. Il s’est plaint du manque de sanglier et m’a fait une leçon sur tous les héros grecs qui ont combattu des monstres (sa liste contenait Thésée, Persée et Hercule. Il était surexcité quand je lui ai parlé d’Ulysse.)

Mes cheveux avant mon récent passage chez le coiffeur. Je ressemble à un buisson.

Mes cheveux après le coiffeur. Je ressemble moins à un buisson. Ash et moi sommes en train d’étudier de près Les Sept Boules de cristal. Photo prise par Amanda.

J’ai participé à un évènement public depuis mon arrivée : le festival des écrivains d’Auckland. Voici une vidéo dans laquelle Lucy Lawless nous interviewe avec Amanda.

 


 

J’ai fait une autre conférence, seul, ainsi qu’une séance de dédicace de six heures le jour suivant. C’était merveilleux de voir des gens, mais j’ai perdu la main avec les marathons de dédicaces. Je n’arrêtais pas de penser aux neuf mois que j’ai passés sur Skye, pendant lesquels j’ai dû interagir avec une douzaine de personnes qui étaient là, et cela inclut les allers-retours au petit magasin de Uig et les promenades dans les collines avec les archéologues, dans le respect des distances de sécurité. La Nouvelle-Zélande s’est assurément bien comportée envers ses habitants, et cela rend les pertes du reste du monde encore plus difficiles.

Amanda est déjà vaccinée. Je dois me faire vacciner dans quelques semaines.

La série Sandman de Netflix occupe beaucoup de mon temps en ce moment. (Aujourd’hui, j’ai reçu un extrait de l’épisode 9, et un extrait presque fini de l’épisode 4, à l’exception de la musique et des effets spéciaux.)

Voici un premier aperçu des coulisses de la série par Netflix.

 


 

(J’avais vu une ancienne version de cette vidéo dans laquelle on me voyait fasciné par une copie du journal The Sun avec le gros titre BÉBÉ AU CŒUR D’UN CONFLIT ENTRE SES PARENTS DIVORCÉS DÉVORÉ PAR DES VACHES, parce que l’équipe veut vraiment créer une atmosphère pour Sandman. C’est stupéfiant. Au point que j’ai envoyé un e-mail à Allan Heinberg, le show runner, la semaine dernière pour lui dire que j’avais repéré une erreur en regardant les épreuves de tournage. Il m’a fait remarquer que l’erreur était présente dans la case du volume 10 de Sandman qu’ils avaient utilisée comme référence. Je leur ai dit de ne rien changer. On ne peut qu’applaudir ce genre de fidélité.)

Et pendant ce temps-là, tout mon temps pour écrire, et beaucoup de mon temps pour voir des gens (puisque les gens que je vois se trouvent dans des pays de l’autre bout du monde, c’est soit très tôt le matin, soit très tard le soir), ont été occupés par deux autres projets dont je n’ai pas encore parlé, même s’ils représentent 90% de ce que j’ai fait ces 18 derniers mois. Mais laissons-les de côté pour le prochain post. Cela me motivera pour en écrire un.

Réunis (et ça fait du bien)

Mardi 12 janvier 2021

Posté par Neil Gaiman à 6h41.

 

Il a fallu beaucoup de travail, mais je suis heureux de dire qu'après 9 mois à se manquer, Ash et moi sommes réunis. Beaucoup de larmes de joie. Je suis ému et reconnaissant d'être ici. Photo prise par Amanda Palmer.

Les pensées d’une nouvelle année, et un regroupement des anciennes.

 Jeudi 31 décembre 2020

Posté par Neil Gaiman à 23h32.

 

C’est déjà 2021 à certains endroits, glissant lentement autour de la planète. Bientôt, cela aura atteint Hawaii et ce sera 2021 partout, et 2020 sera terminée.

Eh bien, quelle année. Enfin, une année, en quelque sorte.

Quand ma cousine Helen et ses deux sœurs ont rejoint un camp de réfugiés à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, ayant survécu à l’Holocaust de justesse par chance et courage, elles n’avaient pas de papiers. Les gens qui leur en ont donnés ont suggéré qu’elles retirent cinq ans à leur âge réel, car les nazis leur avaient volé cinq ans, et que c’était leur seule chance de les récupérer. Elles n’ont pas compté les années de guerre comme faisant partie de leur vie.

Je pourrais presque faire ça avec 2020. Ne pas compter la compter comme une année de ma vie. Mais je m’en voudrais de jeter la magie avec l’eau du bain. Il y a eu de bonnes choses, des choses incroyables, côtoyant des choses horribles.

Les moments les plus difficiles, avec le recul, ont été les décès, des amis ou des membres de la famille, juste parce qu’ils sont arrivés. On m’en parlait, par SMS ou par téléphone, puis ils faisaient partie du passé. Les funérailles pour lesquelles j’aurais fait de longs trajets n’ont pas eu lieu et personne n’est allé nulle part. Les aurevoirs, le soutien mutuel, les embrassades, les larmes et les histoires à propos des défunts, rien de tout cela n’a eu lieu.

Les meilleurs moments ont été des moments d’amitié, la plupart venant de très loin, et une gratitude grandissante pour la terre, le ciel, l’espace et le temps. En février 2020, je regrettais de savoir où j’allais être et ce que j’allais faire tous les jours pour les trois années à venir. Mais j’ai été forcé d’adhérer au chaos et à l’imprévisibilité, tout en apprenant en même temps à apprécier la lente transition des jours qui se produit lorsque l’on reste au même endroit alors que les saisons changent. J’observais un coucher de soleil différent chaque soir. Je n’avais pas réussi à rester au même endroit, ou même dans le même pays pendant neuf mois depuis…eh bien probablement depuis 2000 quand j’écrivais American Gods. Mais là, j’étais assurément, à un seul endroit.

J’ai eu des discussions avec des gens que je chéris. Certaines étaient sur Zoom et ont été enregistrées. Voici les deux conversations qui, je pense, m’ont appris le plus. Je les mets ici car elles pourront peut-être vous apprendre quelque chose ou vous réconforter. La première est une conversation avec Carlo Rovelli,physicien nucléaire et auteur, animée par Erica Wagner, qui traite d’art et de science, de littérature, de vie et de mort :

 


La deuxième a été organisée par l’Université du Kent. Elle s’intitule Contemporary Portraiture and the Medieval Imagination: An Artist in Conversation with Her Sitters (Portrait contemporain et l’imagination médiévale : une artiste en conversation avec ses modèles) et c’est à propos d’art, je crois, mais c’est une conversation entre l’ancien archevêque de Canterbury Rowan Williams, l’artiste Lorna May Wadsworth et moi, animée par Dr Emily Guerry, qui part dans tous les sens. Je crois que c’est une discussion à propos de portraits, mais j’ai l’impression que cela traite de beaucoup de choses en chemin.

 


Chacune des conversations dure environ une heure, et, comme je l’ai déjà dit, j’en retire énormément de choses.

A la fin du mois d’avril, sur l’île de Skye, j’avais commandé un télescope. Puis j’ai découvert que le « crépuscule astronomique » (quand il fait suffisamment sombre pour voir les étoiles) n’était pas prévu avant la fin juillet. Le soleil ne se couchait pas avant 22h ou 22h30. Et même lorsque le soleil était couché, il ne faisait pas sombre. Il fallait attendre fin aout avant que je puisse voir un ciel remplir d’étoile.

Ma fille Maddy est venue vivre avec moi en novembre, et elle était amusée par ma réaction aux choses qui me fascinaient désormais : les pierres, surtout celles que des gens avaient déplacées des centaines ou des milliers d’années auparavant, le ciel et les nuages, et enfin, les longues et froides nuits d’hiver de Skye, j’avais les étoiles que j’avais manquées durant l’été. Il n’y a pas d’éclairage public là où je vis, pas à des kilomètres à la ronde. La nuit peut être aussi sombre en hiver qu’elle était claire en été. Et puis, quand on lève les yeux…

 







(Toutes ces photos ont été prises sur un Pixel 5 en mode Astrophotographie. Il savait ce qu’il faisait.)

Je ne voudrais pas rendre les étoiles, les couchers de soleil ou les pierres pour ne pas compter 2020 comme une vraie année. Je ne voudrais pas rendre les décès non plus : chaque vie était précieuse, et chaque ami ou membre de la famille perdu nous affaiblit. Mais chaque décès m’a fait me rendre compte de combien j’apprécie les gens, de comment nos vies sont interconnectées. Chacun des décès m’a amené au deuil, et je savais que j’étais accompagné dans mon deuil par tant d’autres êtres humains, des gens que je connaissais et d’autres non, qui avaient perdu quelqu’un à qui ils tenaient.

J’échangerais bien la marche dans l’obscurité, mais il n’y a personne en 2020 qui n’ait pas été blessé par un moment de cette année. Nos histoires sont uniques, mais personne n’est unique dans sa misère ou sa douleur.

S’il y a une leçon que je retire de 2020, c’est que toutes ces choses : la civilisation, les gens, le monde, sont encore plus fragiles que je ne l’avais imaginé. Et que chacun d’entre nous s’en sortira en faisant partie de quelque chose de plus grand que lui-même. Nous faisons partie de l’humanité. Nous sommes là depuis quelques millions d’années, notre espèce est là depuis au moins deux cent mille ans. Nous sommes très intelligents et capables de nous sortir du pétrin. Et nous manquons aussi de considération et sommes capables de nous retrouver dans le pétrin sans pouvoir en sortir. Nous pouvons extraire des motifs récurrents d’images complexes, et imaginer des motifs là où il n’y a que hasard.

J’ai regroupé ici tous les messages de Nouvel An que j’ai écrit sur ce site :

Celui-ci est de 2014 :

Il y a quinze ans, j’ai écrit :

Que l’année à venir soit pleine de magie, de rêve et de folie positive. J’espère que vous lirez de bons livres et embrasserez quelqu’un qui pense que vous êtes merveilleux, et n’oubliez pas de créer de l’art : écrivez ou dessinez ou construisez ou chantez ou vivez de la façon dont seuls vous le pouvez. J’espère, qu’à un moment l’an prochain, vous vous surprendrez.

Et il y a presque dix ans j’ai dit,

…J’espère que vous passerez une merveilleuse année, que vous rêverez dangereusement et scandaleusement, que vous créerez quelque chose qui n’existait pas avant, que vous serez aimé et apprécié, et que vous aurez des personnes à aimer et apprécier en retour. Et surtout (parce que je pense qu’il devrait y avoir plus de gentillesse et de sagesse dans le monde en ce moment) que vous serez, quand cela sera nécessaire, sage, et que vous serez toujours gentil.

Il y a cinq ans j’ai écrit :

Et pour cette année, mon vœu pour chacun de nous est petit et très simple.

Et c’est ça.

J’espère que dans l’année à venir vous ferez des erreurs.

Parce que si vous faites des erreurs, alors vous faites de nouvelles choses, vous essayez de nouvelles choses, vous apprenez, vous vivez, vous vous dépassez, vous vous changez, vous changez votre monde. Vous faites des choses que vous n’aviez jamais faites auparavant, et surtout, vous faites quelque chose.

Donc voilà mon vœu pour vous, et pour nous tous, et mon vœu pour moi. Faire de nouvelles erreurs. Faire des erreurs glorieuses et incroyables. Faire des erreurs que personne n’a jamais faites. Ne restez pas figés, ne vous arrêtez pas, ne vous inquiétez pas du fait que ce n’est pas suffisant, ou pas parfait, peu importe ce que c’est : art, amour, travail, famille ou vie.

Peu importe ce que vous avez peur de faire, faites-le.

Faites vos erreurs, l’année prochaine et pour toujours.

Et ici, datant de 2012, les derniers vœux que j’ai postés, terrifié, mais en essayant d’être courageux, dans les coulisses à un concert :

C’est une nouvelle année et avec elle vient une nouvelle opportunité de changer notre monde.

Donc voici mon vœu, un vœu pour moi autant que pour vous : dans le monde à venir, soyons courageux, marchons dans l’obscurité sans peur, et vers l’inconnu avec un sourire sur notre visage, même s’il est forcé.

Et quoi qu’il nous arrive, quoi que nous fassions, quoi que nous apprenions, retirons-en de la joie. Nous pouvons trouver de la joie dans le monde si nous en cherchons, nous pouvons en retirer de l’acte de création.

Donc voici mon vœu pour vous, et pour moi : du courage et de la joie.

De 2018 :

Soyez gentils avec vous-mêmes dans l’année à venir.

Rappelez-vous de vous pardonner, et de pardonner les autres. C’est trop facile de s’énerver ces jours-ci, beaucoup plus difficile de changer les choses, de prendre contact, de comprendre.

Essayez de rentabiliser votre temps : les minutes, les heures, les jours et les semaines peuvent s’envoler comme des feuilles mortes, ne laissant rien à voir que le temps que vous avez passé à faire des choses à moitié, ou le temps que vous avez passé à attendre de commencer.

Rencontrez de nouvelles personnes et parlez-leur. Faites de nouvelles choses et montrez-les aux gens qui pourraient les apprécier.

Serrer trop les gens dans vos bras. Souriez trop. Et, quand vous le pouvez, aimez.

L’année dernière, seul et malade pour le Nouvel An à Melbourne, j’ai écrit :

J’espère que dans l’année à venir, vous ne brulerez pas. Et j’espère que vous ne gèlerez pas. J’espère que vous et votre famille serez en sécurité et circulerez librement dans le monde, et que l’endroit où vous vivez, si vous en avez un, sera là à votre retour. J’espère que, pour nous tous, dans l’année à venir, la gentillesse dominera et que la douceur, l’humanité et le pardon seront là pour nous si nous en avons besoin, ou quand nous en aurons besoin.

Et que votre nouvelle année soit heureuse, et que vous soyez heureux durant celle-ci.

J’espère que vous ferez quelque chose dans l’année que vous avez toujours rêvé de faire sans savoir si vous le pouviez ou non. Mais je suis sûr que vous le pouvez. Et je suis sûr que vous le ferez.

 ...

 


Pour cette année… J’espère que nous pourrons tous circuler librement dans le monde à nouveau. Pour voir nos êtres chers, et les serrer dans nos bras encore une fois.

J’espère que l’année à venir sera tendre avec nous, et que nous serons tendres les uns avec les autres, même si l’année ne l’est pas.

Des petits actes de générosité, de parole, de contact, peuvent avoir plus d’importance pour les destinataires que les personnes qui en sont à l’origine ne le sauront jamais. Faites ce que vous pouvez. Recevez la gentillesse des autres avec grâce.

Tenez bon. Accrochez-vous, même si c’est de justesse. Créez de l’art (ou quoi que ce soit d’autre) si vous le pouvez. Mais si tout ce que vous parvenez à faire est sortir du lit le matin, eh bien faites ça et soyez fiers de ce que vous avez accompli, et pas frustrés de ce que vous n’avez pas fait.

Rappelez-vous, vous n’êtes pas seuls, peu importe combien vous en avez l’impression parfois.

Et n’oubliez jamais que, parfois, c’est seulement quand tout devient très sombre qu’on peut voir les étoiles.

 

Deux nouveaux livres et une chouette hulotte dans un poirier

Dimanche 18 octobre 2020

Posté par Neil Gaiman à 18h09

 

C’est une belle journée au milieu de l’automne sur l’île de Skye et je ne suis pas bien sûr de savoir où l’année est passée. Cette maison comprenait à l’achat une immense prairie entourée de murs, que mes voisins utilisent pour garder leurs moutons, ainsi qu’un vieux verger. Il y a à peu près sept ans le verger a été inondé et nous avons perdu toutes les groseilles rouges, les groseilles à maquereau, la rhubarbe et les autres plantes similaires, mais la plupart des arbres ont survécu, et il y pousse encore des pommes, des prunes et des poires.

Je sais très bien que sur l’île de Skye, le beau temps peut laisser place à des semaines de pluie et de vent violent, alors je suis descendu dans le verger et me suis hissé sur une échelle pour cueillir toutes les poires que je pouvais atteindre, dérangeant au passage une chouette hulotte qui s’est envolé quelque part où elle ne serait pas importunée par des gens grimpant dans ses arbres à l’improviste.

Et maintenant je suis assis dehors en train d’écrire ceci. Il fait trop frais pour écrire dehors, mais c’est possible, et bientôt ça ne le sera plus, et ce n’est pas rien.

Deux nouveaux livres ont été publiés : l’un est sorti la semaine dernière, l’autre sort cette semaine.

PIRATE STEW est sorti en premier, illustré par le génial Chris Ridell. Me voici en train de lire les premières pages et de parler des origines du livre.


 

Il n’est disponible qu’au Royaume-Uni et aux pays qui y sont associés (comme l’Australie et la Nouvelle-Zélande) pour le moment. (Il sortira aux États-Unis en décembre. À cause de la covid, bizarrement.)


 

C’est une photo d’Amanda avec Ash le pirate (elle a lu Pirate Stew à son école pour la journée déguisée sur le thème des pirates). Après plusieurs mois de tentatives pour rentrer, il semblerait que je puisse enfin bientôt retourner en Nouvelle-Zélande pour être avec eux. Si c’est le cas, ce ne sera pas avant plusieurs semaines encore. Je croise les doigts et tout le reste.

 

Et l’autre livre (qui sort mardi), c’est :

Celui-là.


 

Et celui-là


 

L’édition britannique est la bleue et l’édition américaine la grise. Les deux sont de très beaux livres et sont identiques autrement.


 

Les nuits sont de plus en plus longues, ici sur l’île de Skye, et le soleil se couche visiblement plus tôt, semaine après semaine. Je suis ici depuis avril et les choses semblent enfin en bonne voie pour que je puisse rejoindre ma famille (Amanda et Ash sont toujours en Nouvelle-Zélande. Je n’ai pas pu les y retrouver car seuls les Néo-zélandais sont autorisés à entrer sur le territoire. Les règles s’assouplissent, et les services d’immigrations néo-zélandais commencent à permettre aux familles de se réunir.)

C’était l’anniversaire d’un ami l’autre jour. J’ai demandé ce qu’il voulait et on m’a répondu : un message vocal à propos de « quelque chose qui te fait te sentir mieux quand tu te sens déprimé ».

Et après l’avoir envoyé, je me suis dit, eh bien, beaucoup d’entre nous ont besoin de se remonter le moral en ce moment. Alors, avec sa permission, je le mets ici aussi.

Cela pourrait marcher, même si je blogue toujours avec Blogger, ce qui de nos jours revient un peu à bloguer avec un bâton calciné et un morceau de peau d’ours, pour toutes les fonctionnalités qu’il propose, alors ça ne marchera peut-être pas.

(Il y a beaucoup de bidouillage en coulisse et ça ne marche qu’à moitié. Finalement j’abandonne et me dirige vers les fichiers Soundcloud, et j’essaye de les intégrer.)

Ce sont des fichiers audios. Écoutez les deux, le premier d’abord et l’autre ensuite, et peut-être qu’ils vous remonteront le moral aussi…)

C’est le premier enregistrement que j’ai fait :

[Transcription audio :

Quand je me sens déprimé et qu’il fait nuit ici, je sors dehors. Quand je suis arrivé ici en avril, fin avril, début mai, les jours duraient indéfiniment. Puis en juin les jours duraient vraiment indéfiniment, il ne faisait même pas sombre la nuit. Mais maintenant nous nous dirigeons vers l’hiver et les nuits reviennent alors je sors et j’attends que mes yeux s’adaptent à l’obscurité presque totale. Pendant un moment je ne vois rien, puis tout à coup je vois tout. Et au-dessus de moi, la Voie lactée éclot, et il y a plus d’étoiles que je n’arrive à y croire, et je les observe. Plus bas dans le verger, une chouette solitaire ulule encore et encore. Je pense et j’espère qu’une autre chouette se fasse entendre dans un instant, et puis j’entends ceci. Je reste dehors, aussi longtemps que je le peux, à profiter de Noël dans le froid, de l’immensité dans les étoiles, de me sentir insignifiant, et toutes les trente secondes à peu près, du ululement triste, et toujours plein d’espoir, d’une chouette attendant une réponse qui n’arrive jamais.]

 

Et après avoir enregistré ça, je suis sorti et j’ai enregistré ceci :

Susan Ellison : Repose en paix et en amour

Mercredi 5 août 2020

Posté par Neil Gaiman à 6h15

 

J’ai rencontré Harlan Ellison la veille du jour où il a rencontré sa femme, en 1985, à Glasgow. Je l’ai interviewé. Je n’ai pas fait la connaissance de Susan avant 1989, quand j’ai rendu visite à Harlan à Los Angeles. Elle et moi sommes devenus amis incroyablement vite. Elle était la personne la plus directe que je connaissais. Notre première vraie conversation, qui a eu lieu alors qu’Harlan répondait au téléphone, a commencé lorsqu’elle a dit « Donc. Tu es écrivain. Je ne sais rien d’autre de toi ? Tu es gay ou hétéro ? Marié ou célibataire ? Tu as des enfants ou pas ? Qui es-tu ? » et donc je lui ai raconté tout ce à quoi je pouvais penser et j’ai continué à répondre à ses questions les 31 ans qui ont suivi.

Nous avions le même âge. Nous étions tous les deux des Britanniques aux États-Unis. Elle jouait le rôle de la grande sœur dès que j’allais là-bas, et était une des rares personnes que j’autorisais à me donner des ordres pour mon bien, surtout car je n’avais pas vraiment le choix.

Et maintenant Susan est décédée.

J’ai du mal à l’intégrer. J’écris ce blog pour essayer de comprendre, parce que je n’y crois pas. Je viens juste d’ouvrir ma boite mail et de lire son courriel de la semaine dernière.

Ce sont des variations sur un thème : comment vas-tu ? Comment puis-je t’aider ? Tout ce dont tu as besoin, je t’aiderai.

En 2016, j’ai rendu visite à Harlan et Susan. Il était au plus bas après son attaque. Je lui ai donné une photo de mon fils, Ash, et il l’a simplement fixée pendant une demi-heure. Patton Oswalt est passé pour voir comment Harlan s’en sortait. Harlan a commencé une anecdote sur les Marx Brothers mais il a perdu le fil et n’a pas pu finir. Je ne l’avais jamais vu comme ça.

Ceci est une photo de Susan et moi prise juste après ce moment. Elle tient le coup comme si elle était invincible, et cela me rend très triste.
 

La dernière fois que nous nous sommes parlé, c’était il y a un mois. Elle s’inquiétait pour moi, et je lui ai dit que je m’en sortirais très bien et lui ai promis que quand la situation serait un peu moins folle et qu’on pourrait voyager à nouveau, je viendrais à Sherman Oaks et nous dinerions enfin ensemble comme nous nous l’étions promis à la mort d’Harlan, que nous parlerions d’Harlan, de la vie et que nous referions le monde.

Je suis encore sous le choc.

Voici l’annonce faite par le site Harlan Ellison Books, avec l’histoire qu’Harlan a écrite pour elle. C’est une belle histoire. Lisez-la.

https://www.harlanellisonbooks.com/susan-ellison-1960-2020/

Je n’ai pas répondu à son dernier courriel, pas celui qui disait « tout ce dont tu as besoin, je t’aiderai », j’ai répondu à celui-là. Mais son tout dernier courriel.

 

Il disait,

Tremblement de terre de bonne taille (je trouvais) ce matin. 4,2. Mais tout le monde en a parlé comme si de rien n’était. J’étais au milieu de Coy Drive en train de crier ARMAGEDON. 30 secondes plus tard… peut-être que non. C’était un évènement de 8 jouets. C’est comme ça que je mesure, la relation entre le tremblement et le nombre de jouets qui tombent. Personne d’autre dans la rue n’a bronché.

Bien à toi, en peureuse lâche. Susan

Ça m’a fait sourire quand je l’ai reçu et me fait sourire maintenant car Susan était plus courageuse qu’un lion. Elle a traversé tellement de choses.

 

(Cat Mihos a pris la photo ci-dessus, et m’a aussi informé du décès de Susan. Cat s’occupe de ma compagnie de film et de télévision, la Blank Corporation, mais ces quatre ou cinq dernières années, elle avait aussi un travail supplémentaire, qui était de rendre visite à Susan et de l’emmener manger au restaurant si elle le voulait, car je n’étais pas là. C’était un vrai travail juste parce qu’elle l’aurait fait de toute manière, et que de cette façon j’espérais qu’elles me laisseraient payer pour les repas. Merci, Cat.)