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L'autre moitié du secret

 Mercredi 21 juillet 2021

Posté par Neil Gaiman à 8h15

J’ai dit que la suite de Good Omens était seulement une des deux choses sur lesquelles j’ai travaillé dernièrement, et sur lesquelles je vais travailler pendant encore dix-huit mois. Et j’ai dit que je vous informerai rapidement de mon autre projet secret.

C’est ça.


Et vous ne pouvez pas imaginer à quel point je suis heureux de le faire, surtout de la manière dont nous sommes en train de le faire.

Anansi Boys a commencé en 1996. Je travaillais sur la série télévisée Neverwhere pour le studio de production de Lenny Henry : Crucial Films.

J’adorais ce que nous faisions dans Neverwhere. Il y a 25 ans, cela faisait comme si nous étions en avance sur notre temps.

Lenny et moi marchions ensemble. Il râlait à propos des films d’horreur. « On ne verra jamais des gens comme moi dans les films d’horreur, disait-il. On est l’ami du héros qui meurt en troisième. »

Alors j’y ai réfléchi. Il avait raison. Je lui ai dit : « Je vais écrire un film d’horreur dans lequel tu pourras jouer. »

J’en ai planifié un. J’ai essayé de rédiger une demi-douzaine de pages du scénario, mais ça n’avait pas l’air de fonctionner pour un film. J’ai commencé à suspecter que l’histoire que j’imaginais à propos de deux frères dont le père avait été un dieu n’était pas une histoire d’horreur non plus.

J’ai emprunté Mr Nancy de l’histoire que je n’avais pas encore racontée et je l’ai placé, ou du moins une version de lui, dans American Gods.

En 2002, je déjeunais avec mon éditrice et je lui ai raconté l’histoire d’Anansi Boys, en disant qu’il s’agissait probablement d’un roman court. Elle a agité sa fourchette dans ma direction. Elle a dit, très sûre d’elle : « C’est un roman. » J’ai été suffisamment impressionné par sa certitude pour écrire le roman.

La création et la publication du roman sont documentées sur mon blog. Voici un extrait utile qui explique son lien avec American Gods et aussi ce qu’est Anansi Boys :

https://journal.neilgaiman.com/2005/05/anansi-boys-question-of-day.asp (entrée non traduite en français)

(Pour ceux d’entre vous qui n’ont pas envie de cliquer, je l’ai décrit ainsi :

Mon nouveau roman est un genre d’histoire amusante et effrayante, ce qui n’est pas exactement un thriller, et pas vraiment de l’horreur, et ne correspond pas tout à fait à une histoire de fantômes (bien qu’il y ait au moins un fantôme dedans), ou à une comédie romantique (même s’il y a plusieurs histoires d’amour et qu’il s’agit certainement d’une comédie, à part pour les passages qui font peur). Si on doit la classer, il s’agit probablement d’un thriller d’horreur magique, comédie familiale épique romantique, bien que cela laisse de côté les morceaux de policier et beaucoup de nourriture.

Bizarrement, c’est toujours une plutôt bonne description.)

Le livre est sorti et a été mon premier bestseller numéro un dans la liste du New York Times.

https://journal.neilgaiman.com/2005/09/theres-first-time-for-everything.html (entrée non traduite en français)

(Voici la couverture ukrainienne.)

 


Un grand réalisateur d’Hollywood voulait acheter les droits d’Anansi Boys, mais quand il m’a dit qu’il prévoyait de transformer tous les personnages en personnages blancs, j’ai refusé de les lui vendre. Le film devait être fait correctement ou pas du tout.

Et puis, il y a dix ans, deux choses sont arrivées en même temps. Hilary Bevan Jones, une productrice qui avait travaillé sur un court-métrage que j’avais réalisé (intitulé Statuesque) a dit qu’elle aimerait faire d’Anansi Boys une série TV. Et un homme du nom de Richard Fee, qui travaillait pour une compagnie qui s’appelle RED, m’a repéré en train de manger des nouilles dans un bar à nouilles de Londres, a attendu dehors pour ne pas avoir l’air d’un harceleur et m’a dit combien il aimait Anansi Boys et qu’il aimerait beaucoup l’adapter à la télévision.

J’adorais les œuvres pour la TV que RED avait faites, j’adorais Hilary et son équipe à Endo, et dans mon incapacité à choisir entre les deux, j’ai suggéré qu’ils pourraient peut-être travailler ensemble. Ils ont tous les deux pensé que c’était une bonne idée.

Le travail a commencé. En 2016 environ, j’ai accepté d’aider à sa création, mais nous savions tous qu’il faudrait faire preuve de patience, car je travaillais déjà à l’écriture et la réalisation de Good Omens. Quand Good Omens a été en postproduction, on est allé de l’avant. Amazon avait adoré faire Good Omens. Ils ont été impressionnés par le nombre de téléspectateurs et les réactions à la série et ont voulu faire plus de choses avec moi. Donc Endor et RED avaient une chaîne pour laquelle créer la série. On a réuni une équipe de scénaristes : Kara Smith, Racheal Ofori et Arvind Ethan David, sans oublier Sir Lenny Henry, qui s’est impliqué en tant que scénariste, mais aussi en tant que producteur exécutif pour s’assurer que l’âme du projet resterait intacte. (J’écris le premier et le dernier épisode de la série.)

Douglas Mackinnon a accepté de codiriger le projet avec moi, parce que je savais que je ne voulais plus être l’unique showrunner de quoi que ce soit et, qu’après mon expérience avec Good Omens, je serais prêt à mettre ma vie et (peut-être de façon plus importante) mes histoires entre les mains de Douglas. On avait prévu de filmer tout autour du monde…

Paul Frift avait été le producteur de Good Omens pendant la partie tournée en Afrique du Sud, et il était invincible. On a donc été très heureux quand il a accepté de nous rejoindre comme producteur.

Et en 2020, le Covid est arrivé. La consigne principale de faire de la télévision internationale à gros budget s’est soudain transformée en « Ne voyagez pas et surtout ne voyagez pas tout autour du monde. Sérieusement. »

Douglas a imaginé un plan pour porter Anansi Boys à l’écran qui était audacieux, créatif et brillant. Il nous fallait juste le plus grand studio d’Europe et un accès à une technologie de pointe.

Le plus grand studio d’Europe se trouve être par le plus grand des hasards à Leith, tout près d’Édimbourg.

Avant le Covid, le plan était de réaliser Anansi Boys, puis de faire Good Omens 2 juste après. (Good Omens 2 devait être tourné à Bathgate, près de Glasgow.) C’était le plan que nous suivions jusqu’en 2020. Puis, en septembre 2020, Douglas et moi avons reçu un appel d’Amazon. « Nous avons une bonne nouvelle et une nouvelle compliquée, ont-ils dit. La bonne nouvelle, c’est qu’on vous donne le feu vert pour Good Omens et Anansi Boys. La nouvelle compliquée c’est… eh bien, que pensez-vous du fait de devoir faire les deux en même temps ? »

Donc…

Anansi Boys arrive.

Un moment. Je veux recommencer avec une police plus grande.

Anansi Boys arrive.

J’avais adoré le pilote de Star Trek Picard et j’avais parlé à Michael Chabon de la réalisatrice, Hannelle M. Culpepper, et il l’a chaudement recommandée comme quelqu’un pouvant raconter une histoire et rester maître de la technologie. On l’a contactée, lui a envoyé les scripts et le roman, et elle a adoré le projet. Hanelle sera notre réalisatrice principale et elle réalisera deux épisodes.

Hanelle, Sir Lenny Henry, Hilary Bevan Jones et Richard Fee sont producteurs exécutifs, comme Douglas et moi. Hanelle,  Jermain Julien et Azhur Saleem sont nos trois réalisateurs.

Nous annoncerons le casting bientôt (il est sensationnel). (L’équipe est, pour moi, tout aussi sensationnelle.)

(Mais je vais vous donner un indice : un membre du casting était à un évènement avec moi à un moment ces cinq dernières années. La première chose qu’elle m’a dite quand on s’est rencontrés dans les coulisses était que son livre préféré était le livre audio de Anansi Boys, lu par Lenny Henry. Et quand je lui ai dit qu’il y avait un rôle dans le livre que j’avais écrit avec elle en tête, elle a été folle de joie. Donc quand cela est devenu une réalité, elle a été la première personne à qui j’ai demandé, et la première à accepter.)

(La photo de Anansi Boys ci-dessus est par Michael Ralph, notre merveilleux chef décorateur.)

De sacrément bons présages…

 

Mardi 29 juin 2021

Posté par Neil Gaiman à 7h57

Il y a de très nombreuses années (pour les curieux, c’était à Halloween de l’année 1989, un an avant la publication de De Bons Présages), Terry Pratchett et moi partagions une chambre à la World Fantasy Convention de Seattle pour limiter les frais. Nous étions tous les deux de jeunes auteurs et voyager aux États-Unis et aux salons du livre coûtait beaucoup d’argent. C’était un merveilleux salon. Je me rappelle une immense boutique de livres d’occasion de Seattle dans laquelle j’ai trouvé une douzaine de livres reliés de la Storisende Edition de James Branch. Ils étaient signés si proprement par l’auteur que les employés du magasin m’ont assuré que les signatures étaient imprimées, et que donc dix dollars pour un livre était le juste prix.

J’avais les moyens d’acheter des livres. De Bons Présages avait été vendu aux éditeurs britanniques puis aux éditeurs américains pour plus d’argent que Terry ou moi n’avions reçu pour quoi que ce soit d’autre. (Terry était très inquiet à ce sujet, sûr que cette généreuse avance allait signer la fin de sa carrière. Quand sa carrière ne s’est pas arrêtée, Terry a suggéré à son agent qu’il devrait peut-être recevoir ce genre d’avance pour tous ses livres à présent. Sa vie a changé, et il n’a plus eu besoin de partager une chambre d’hôtel pour économiser. Mais je m’éloigne du sujet.) Les exemplaires de presse de De Bons Présages n’avaient pas encore été envoyés, mais quelques éditeurs avaient lu le livre (ceux qui avaient envisagé de le publier, mais n’ont finalement pas obtenu les droits) et ils étaient tous très enthousiastes, et contents pour nous.

Le samedi soir, Terry a quitté le bar assez tôt et est allé se coucher. Je suis resté pour parler à des gens et j’ai passé un merveilleux moment, jusqu’à peu après minuit quand ils ont fermé le bar de l’hôtel et les gens s’en sont allés. J’ai regagné ma chambre.

J’ai ouvert la porte aussi silencieusement que possible et j’ai traversé la chambre sur la pointe des pieds pour rejoindre mon lit.

Je venais juste d’atteindre mon lit quand, depuis l’autre côté de la pièce, une voix a dit « Tu as vu l’heure ? Ta mère et moi nous faisions un sang d’encre. »

Terry était bien réveillé. Le décalage horaire avait laissé des séquelles.

J’étais bien réveillé aussi. Nous étions donc allongés dans nos lits respectifs et, n’ayant rien d’autre à faire, nous avons imaginé la suite de De Bons Présages. Elle était bien. Nous voulions vraiment l’écrire quand nous trouverions trois ou quatre mois de libres. Mais je suis parti aux États-Unis et Terry est resté au Royaume-Uni. Et après la publication de De Bons Présages, Sandman est devenu SANDMAN et Le Disque-monde est devenu Le Disque-monde™, et on n’a jamais trouvé le bon moment.

Mais nous ne l’avons jamais oubliée.

Cela fait trente-et-un ans que De Bons Présages a été publié, ce qui veut dire que cela fait trente-deux ans que Terry et moi étions allongés dans nos lits respectifs dans une chambre d’hôtel à Seattle pour la World Fantasy Convention, et avons imaginé la suite. (J’ai pu en utiliser quelques passages dans la série Good Omens, c’est de là que viennent nos anges.)

Terry et moi, à Cardiff en 2010, la nuit où nous avons décidé que De Bons Présages devrait devenir une série télé.

Terry était clair par rapport à ce qu’il voulait de la série à la télévision. Il voulait que l’histoire soit racontée, et si cela fonctionnait, il voulait que le reste de l’histoire soit raconté.

Donc en septembre 2017 je me suis assis à St James’ Park, près du réalisateur Douglas MacKinnon, sur une chaise qui portait mon nom, en tant que showrunner de Good Omens. La chaise s’est affaissée lentement et élégamment avant de tomber en morceaux. J’ai pensé « Ce n’est pas un très bon présage. » Heureusement, sous la direction de Douglas, la chaise a été la seule chose qui s’est effondrée.

La chaise en morceaux.

Alors, une fois que la série est sortie sur Amazon et la BBC, ayant été acclamée par la critique et ayant reçu de nombreux prix, Rob Wilkins (le représentant de Terry sur Terre) et moi avons discuté avec Amazon et la BBC pour créer davantage de contenu. Ils ont été très enthousiastes. On a parlé à Michael Sheen et David Tennant pour créer davantage de contenu. Ils ont aussi été très enthousiastes. On leur a un peu parlé de l’histoire. Ils ont été encore plus enthousiastes.

Rob Wilkins et David Tennant le deuxième jour de tournage.

Moi et Michael et Ash à presque deux ans.

Ce à quoi cela ressemblait principalement de tourner Good Omens : fixer des écrans pendant que quelque chose était en train de se passer juste à côté.

J’ai été fan de John Finnermore pendant des années, et j’ai eu le plaisir de travailler avec lui sur une émission de radio intitulée With Great Pleasure, où je choisissais des passages que j’adorais, des lecteurs les lisaient à voix haute puis j’en parlais.

(Voici un extrait de cette émission où je parle du travail avec Terry et je lis un de ses poèmes : https://www.bbc.co.uk/sounds/play/p06x3syv. Voici l’émission complète sur YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=j7OsS_JWbzQ avec les passages de John Finnermore.)

De gauche à droite : With Great Pleasure. John Finnermore, moi tout barbu, Nina Sosanya (Sœur Marie dans Good Omens), Peter Capaldi (il a joué Islington dans la série BBC Neverwhere.)

J’ai demandé à John s’il voulait travailler avec moi pour écrire la suite de Good Omens et j’ai été fou de joie quand il a accepté. Nous avons des collaborateurs surprise aussi. Et Douglas MacKinnon revient pour superviser le tout avec moi.

Donc voilà l’idée. On a gardé ça secret pendant longtemps (surtout parce que sinon mon courrier et mon fil d’actualité Twitter se seraient transformés en torrents de Qu’est-ce que vous pouvez nous dire ? il y a bien longtemps). Mais maintenant les décors sont en train d’être construits en Écosse (là où l’on filme, plus d’information sur le tournage en Écosse à venir bientôt), et on ne peut plus vraiment garder le secret plus longtemps.

Il y a de nombreuses questions au sujet de ce qui arrive après (et aussi de ce qui est arrivé avant) à notre ange et notre démon préférés. Vous trouverez, peut-être, certaines des réponses que vous avez espéré obtenir.

À mesure que Good Omens avancera, nous serons de retour à Soho, et à travers le temps et l’espace, pour résoudre un mystère qui commence avec un ange errant dans un marché de Soho, sans aucun souvenir de qui il est, en route pour la librairie d’Aziraphale.

(Toutefois, notre histoire commence en réalité environ cinq minutes avant que qui que ce soit ait eu le temps de dire « Que la lumière soit. »)